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Bartimée : rendre les pauvres visibles dans l’Eglise

jeudi 24 octobre 2013, par Marie B

A ceux qui s’étonnaient qu’une journée paroissiale sur le thème de la solidarité ne compte aucun pauvre, on expliquait combien il était difficile de faire venir cette partie invisible de la population, plus encore de la faire parler. Constitué depuis 2011, Bartimée démontre le contraire. Présentation de ce membre du Réseau Saint-Laurent actif au sein de la paroisse de Castanet-Tolosan* (région toulousaine).

Bartimée, l’aveugle de l’Évangile dont le nom signifie « fils de l’honneur », retrouve la vue grâce à sa foi. Dans le groupe éponyme de Castanet-Tolosan, des personnes pauvres ou exclues (les « Bartimées ») et des paroissiens plus aisés (les « compagnons ») nouent des relations fraternelles via des temps de partage spirituels, conviviaux, créatifs, etc. « Bartimée nous fait découvrir ces gens que la société ne voit pas ou fuit, ces SDF à côté de qui nous passons sans les regarder ou encore ceux qui, sans être démunis matériellement, vivent cachés dans leurs appartements... », témoigne Élisabeth compagnon de ce groupe qui rassemble une trentaine d’habitués.

Rétablir des relations fraternelles

L’aide matérielle ne figure pas parmi les objectifs de Bartimée. Néanmoins, si elle s’avère nécessaire, le lien est établi avec les associations locales comme le Secours catholique ou le Café Amitié (service paroissial). « A Bartimée, nous voulons justement être et faire avec eux, selon leurs attentes, non les nôtres. Or, quand il s’agit d’aller à la rencontre des plus pauvres, les bonnes volontés sont nombreuses, mais nombreuses sont également celles qui cherchent à vouloir trouver des solutions à tout prix alors que les personnes en situation d’exclusion disent avoir besoin d’échanges, de rencontres, de dignité », remarque Nicole Vaissière, paroissienne à l’origine de Bartimée. Le témoignage de Catherine corrobore ce constat : « Avec Bartimée, je rencontre des gens qui ne me jugent pas, je suis acceptée comme je suis. Pour moi, c’est l’occasion de sortir de la maison, de m’évader de mon quotidien, de penser à autre chose, d’oublier mes problèmes... »

Des formations pour favoriser la rencontre

Pour faire tomber les peurs et rétablir des relations de réciprocité éloignées des rapports « assistants/assistés », Nicole a mis en place dans sa paroisse une formation intitulée « Savoir la vie de la grande précarité ». Ouverte à tous, gratuite, elle est bâtie sur les témoignages des Bartimées, dans la spiritualité d’ATD Quart-Monde**.

Depuis la naissance de Bartimée, « les regards ont changé » constate Nicole. « Les plus pauvres ont été tellement dépouillés par la vie, qu’ils vont directement à l’essentiel, ajoute Élisabeth. Les côtoyer nous ouvre le cœur, nous aide à ôter notre carapace et nous faire connaître le Christ ». Individuelles, ces transformations sont également visibles à l’échelle paroissiale : « Une paroisse est souvent riche de personnes très compétentes mais à se concentrer sur le faire, on oublie souvent l’être, or tous ces savoirs ne facilitent pas forcément l’entrée des plus pauvres dans l’Église, explique Élisabeth. Dès lors, Bartimée, membre actif au sein de la paroisse et du diocèse, est utile à tous. »

L’exclusion, dès l’école

Au fil de leurs rencontres, les Bartimées et leurs compagnons ont pris conscience de l’urgence de sensibiliser l’Église et la société sur l’exclusion en milieu scolaire. « L’exclusion commence dans la cour de récréation où aucun adulte n’est là pour savoir ce qui se passe entre écoliers ou collégiens. Or, ce premier isolement peut être avoir des conséquences dramatiques comme la déscolarisation », raconte Nicole. Est exclu celui qui ne porte pas de vêtements de marque, qui est bègue, défavorisé ou obèse, celui qui pense autrement...

En croisant les histoires similaires des chrétiens du Quart-Monde et des membres des aumôneries, Bartimée a élargi sa vocation : le groupe témoigne en milieu scolaire et favorise les rencontres entre ceux qui ne se connaissaient guère : les jeunes et les pauvres. « Ainsi, on se rend compte des conséquences de notre regard sur les autres : s’il est mauvais, il peut faire très mal... », témoigne Christelle, 14 ans, et membre du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ). Ensemble, le MEJ et les Bartimées ont partagé autour de l’Évangile, animé une messe gospel ou participé au rassemblement Diaconia 2013.

* L’ensemble paroissial Castanet-Tolosan regroupe huit clochers.

** Formations bâties d’après la spiritualité des Sœurs de la Bonne Nouvelle de Toulouse (ATD Quart-Monde) http://www.bonnenouvellequartmonde.org

Pour consulter la vidéo de présentation de Bartimée, cliquez ici.

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« Bartimée m’a permis de rencontrer pas mal de personnes, de briser ma solitude, sortir de chez moi, apprendre pas mal de choses sur la Foi, me retrouver avec des gens super sympas. »

Martine, Bartimée


« L’Eglise étant un regroupement assez large -ce qui fait sa richesse-, nous avions besoin de rejoindre d’autres groupes qui vivaient comme nous. Appartenir au Réseau nous fortifie et légitime notre action au niveau local : il prouve que notre œuvre n’est pas exclusivement toulousaine mais qu’elle participe d’un mouvement solide. »

Nicole Vaissière, compagnon des Bartimées.

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Bartimée à Lourdes

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